Le travail est-il devenu la voix de la raison ?

Le monde du travail est non seulement un modèle de soumission mais aussi un moyen d'effacer toute forme de personnalité par l'attrape nigaud de l'envie de faire quelque chose. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi vous aviez envie de faire quelque chose ? Et la seule réponse à cette question est-elle le travail ? Le travail remplace notre envie de faire quelque chose par la réalisation de quelque chose d'autre que nous devons consommer par la suite en échange d'un état de bien être qui nous pousse vers un oubli domestique de nous-mêmes et de cette envie de faire quelque chose. Nous échangeons notre liberté de vouloir faire quelque chose contre un salaire pour lequel nous sommes devenus des esclaves, des outils d'une industrie qui dispose de nous comme bon lui semble. Nous ne servons plus rien à autre chose. L'industrie du travail le sait et c'est pour cela qu'elle nous fait fabriquer des objets qui viennent remplacer cette envie de faire, de fabriquer un monde. Elle nous plonge dans un marasme tel que nous ne savons plus qui nous sommes ni pourquoi nous travaillons et devons êtres éduqués pour travailler.

Education et travail

Si la poésie avait une quelconque valeur marchande, elle serait enseignée dans les plus hautes écoles et serait même la plus recherchée des matières à apprendre que les tous les étudiants voudraient avoir dans leur cursus. Si la poésie était considérée comme quelque chose d'utile, elle serait l'enseignement dont les professeurs seraient les plus fiers car, grâce à elle, les étudiants trouveraient un travail qui les rémunèrerait confortablement. Or la poésie est non seulement inutile mais, en plus, du point de vue du système elle n'a aucune valeur active. C'est ainsi qu'on enseigne le travail à nos chères têtes blondes en leur exliquant quelles sont les matières "utiles" pour gagner de l'argent et les "autres" pour la culture qui, elles, ne pourront pas servir à gagner de l'argent ou si peu. La société fait croire que tout ce qui ne lui est pas utile appartient à la culture et la culture c'est quelque chose qui n'est pas très intéressant sauf quand il s'agit de la diffuser à l'aide de produits à vendre. Ainsi la culture n'existe pas aux yeux du système d'enseignement des valeurs marchandes. Tout ce qu'il y a d'écrit dans les livres ne sert à rien sauf à vendre le support : le livre, un extrait dans une revue, la signature intellectuelle d'une étude critique. 

Il en va de même pour l'éducation. Nos enfants sont éduqués pour apprendre à travailler dans un monde qui a besoin d'eux en fonction de ses propres besoins. Un jeune étudiant qui ferait des études considérées comme inutiles sera prévenu du risque qu'il ne trouvera pas de travail et risquera d'errer pendant longtemps dans les marges de la société. Et c'est ce qu'il se produit ! Combien de personnes qui n'ont pas d'autres choix que celui de l'inutilité se retrouvent à errer dans les marges de la société dans l'espoir que leur travail soit enfin reconnu et rémunéré à sa juste valeur ? Or c'est dans cet espoir que l'on reconnaît tout le travail de sape de la société qui inculque le devoir d'utilité mais aussi le devoir de profit.Tout le monde accepte qu'il y ait des matières utiles et inutiles, des matières rigoureuses et d'autres moins mais tout le monde veut aussi être rémunéré, gagner son argent afin de pouvoir vivre.

La société institue le travail comme valeur morale par le biais de l'éducation mais le surplus ajouté par l'économie est celui de la valeur marchande. Un travail peut être utile ou non mais il doit surtout ramener de l'argent, donc tout travail doit être valorisé, il doit apporter la transformation nécessaire afin de donner de l'argent à qui en demande une obole. Mais, comme toujours, c'est la personne qui finit par s'oublier dans ce travail, dans ce désir de rémunération.

Les vrais maîtres du "moi"

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Notre société s'appuie sur cette idée simple : tout le monde a envie de faire quelque chose. Mais pour y arriver il faut qu'il y ait un médiateur qui puisse donner à tout le monde l'occasion de faire quelque chose. Or la société n'accepte de faire faire quelque chose à quelqu'un que si cela lui est d'abord utile ; elle acceptera, ensuite, que quelqun fasse quelque chose de moins utile toutefois parce que cela lui pourra être utile plus tard. C'est dans ce paradoxe que se loge le mensonge de l'économie qui affirme que toute chose qu'elle soit utile ou non à une valeur. Dès lors tout le monde veut vendre quelque chose, que ce soit utile ou non parce que cela a forcément de la valeur. Tout le monde s'affaire donc à faire quelque chose.   

Mais ne seraient-ce pas eux les vrais maîtres du "moi" qui se sont emparé de mon envie de faire quelque chose et qui ont immiscé dans nos têtes cette idée géniale comme le travail avec une valeur au bout grâce à ma participation active ? Peu importe la douleur que produit la valeur marchande réelle de mon travail qui me dit que cela ne vaut rien ou si peu ! Peu importe cette vieille douleur parce que j'ai toujours eu envie de faire quelque chose ! Et nous voilà coincé dans un labyrinthe psychique et logique dont il est très difficile de sortir. Puisque mon travail n'a pas assez de valeur ; ne serait-ce pas parce que je ne travaille pas assez ou peut-être parce que je ne me conforme pas assez aux lois du marché ? L'artiste, quant à elle, ne peut répondre que par un anti-conformisme comme valeur morale à vendre et à défendre. Tel est le piège à l'intérieur duquel tombent de plus en plus de monde.

Quel genre de gouvernement veut nous diriger ainsi ?

Tout gouvernement par le travail, comme décrit plus haut, ne peut que reposer sur la relation patron/employé, maîtres/esclaves. Pourquoi ? Parce que en décrétant ce qui lui est utile comme ce qui ne lui est pas utile, il formate les esprits mais aussi des maîtres à qui il délivre le décret de ce qu'il faut faire et ne pas faire, et, surtout, selon les quantités voulues. C'est pour cela qu'il y aura toujours une part d'inutilité dans la production mais aussi des concours, des grandes écoles, des évaluations, des quartiers difficiles afin de bloquer à chaque niveau le besoin réel en termes de masses humaines. Un tel gouvernment ressemble plus à un mythe car il ne s'agit pas d'un gouvernement qui libère de l'envie de faire quelque chose ; au contraire il en profite et soumet nos envies comme un besoin impossible à rassasier.

Ce genre de gouvernement qui ne propose que le travail comme but et fin de la société refuse l'élément humain et renvoie toutes les émotions produites par cette exigence de l'utilité et de la valeur comme un problème psychologique. Ainsi la personne qui n'arrive pas à faire quelque chose d'utile ou non mais surtout qui a une valeur ne peut transférer toutes les émotions liées à cette impossiblité vers une psychologisation outrancière de son propre "moi" qui n'arrive pas à obéir aux "maîtres" qui lui disent de faire ce travail comme il se doit ; une personne incapable de produire de la valeur est une personne encore pire que celle qui fabrique quelque chose d'inutile. C'est ainsi que nous entrons dans une double guerre psychlogique à la fois avec nous-mêmes et avec la société qui impose à ses propres sujets la carotte du désir de la valeur marchande et le bâton du travail qui doit être utile à la valeur morale. 

Conclusion

Nous savons tous et toutes inconsciemment cela mais nous passons plus de temps à noyer le chagrin du travail dans l'alcool que d'aller au-delà de ce celui-ci. Il faudrait plonger nos "dirigeants", nos "gouvernants" dans le même marasme qu'ils nous mettent et faire de leur guerre psychologique qui à la fois nous attire et nous soumet un labyrinthe psychique dans lequel ils ne pourraient s'en sortir que difficilement, et, comme nous, ils erreraient, en essayant de faire de multiples choses pour s'en sortir, et, comme nous, ils ne feraient rien sauf errer parmi ces choses que nous aimerions faire.

Auteur : JonZe Sycophantus
Traduction : NotreWebOuvrier
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