De la domestication des animaux...

.....Et des hommes

Deuxième partie

hommesPeut-être que vous vous demandez parfois si nous ne nous emballons pas avec notre critique de la vie moderne, si toutes ces paroles sur ce "système démoniaque" et sa "société malade" n'est pas juste une rebellion infantile et exagérée. Il est certainement difficile de dire, d'ici, à l'intérieur de l'espèce humaine, avec toutes nos dissimulations, projections et autres faux-semblants, si ce que nous faisons à vraiment un sens ou non... alors qui sait, peut-être que les choses ne sont pas si mauvaises que cela après tout ? Si vous souhaitez partir d'une certaine perspective afin de savoir si notre cher nouvel ordre mondial est réellement aussi mauvais pour nous comme l'affirment certains ; observez, par exemple, comment il affecte les autres qui doivent y vivre : les animaux.  

Si vous appartenez à la classe moyenne, les animaux que vous connaissez le mieux (hormis ceux des films d'animation et des publicités) sont ceux qui occupent la place correspondante à une hiérarchie non-humaine : les animaux de compagnie, les détenus des zoos et les amuseurs de cirques, les mascottes sportives et les chevaux de spectacles. Tout comme la bourgeoisie, ils semblent avoir une vie aisée : s'asseoir toute la journée, manger et dormir, jouer avec leur maître. Mais ce n'est pas la vie pour laquelle ces animaux ont été préparé durant plusieurs millions d'années d'évolution. 

Les chiens ont quatre pattes pour courir dans les champs et les collines, chasser une proie non pas pour jouer au frisbee une heure par semaine.

Les perroquets ont des ailes afin de voler par delà les jungles et les terres sauvages non pas pour rester assis dans de petites cages avec des ailes coupées sans rien faire d'autre que de chanter pour eux-mêmes afin de se maintenir en vie et de répéter des fragments incompréhensibles de langages bien moins compréhensibles. 

Les chats ont des griffes pour se battre, chasser et les aiguiser là où ils le veulent. Ils ont des testicules et des ovaires afin de marquer leur territoire, d'être en chaleur, de faire l'amour et d'élever des chatons. Coupez tout cela et enfermez-les et vous obtenez des chats grincheux, apathiques, gros parce que tout leur manque sauf manger de la nourriture livrée dans des boîtes de conserve standardisée qu'ils n'ont plus le droit de chasser. On attend des animaux domestiques qu'ils soient les fous du roi et les courtisans de nos maisons modernes, qu'ils soient divertissants et des substituts d'une communauté. Leurs vies et même leurs corps sont "ajustés" en conséquence. Leur rôle n'est pas d'être des animaux, dans tout le miracle d'une forme de vie complexe que cela induit mais, plus simplement, d'être des jouets.   

Une comparaison rapide avec la classe moyenne, celle des humains cette fois, montre combien est similaire notre situation. 

Nous aussi vivons isolés de nos camarades dans de petites boîtes climatisées, dans de petits aquariums avec une verdure simulée que nous appelons appartements. 

Nous aussi sommes nourris par de la nourriture produite en masse et standardisée qui semble venir de nulle part, totalement différente de celle de nos ancêtres. 

Nous aussi n'avons pas d'exutoire pour nos besoins spontanés et pulsions "sauvages",  lesquels sont empêchés et coupés (l'auteur reprend la terminologie animale difficilement traduisible ici : sterilized and declawed, ndt) parce que nous sommes soumis par la nécessité de vivre dans des cités et des banlieues exiguës aux conventions culturelles et légales. 

Nous aussi nous ne pouvons nous éloigner de notre niche,  tenus en laisse par le travail, par la location des appartements, par la propriété et les frontières nationales. Et à l'instar de nos animaux de compagnie, nous apprenons à bien nous comporter, à être séparés de nos désirs et de notre esprit, de nous adapter à ce cauchemar en devenant gros, grincheux et maussades (songless). 

Bien loin d'avoir la même chance que nous, animal domestique et humain compris,  les animaux qui forment le prolétariat non-humain sont d'autres prisonniers claustrés : 

Le rôle que ces animaux jouent correspond à celui des ouvriers d'usine, au plongeur embauché à temps partiel, à la secrétaire, au serveur payé au lance pierre et, cependant, si certains patrons connaissent ces situations extrêmes vous pouvez parier que le marché, lui, les voit toutes avec le même regard désintéressé, la même cruelle soif de profit qui rend possible l'holocauste annuel de millions d'animaux qui est vu par l'industrie alimentaire comme normal et qui leur permet de refuser avec force des revendications pour de meilleures conditions de travail et des salaires plus élevés. 

À l'instar des vaches et des poulets qui ont été élevés avec une attention toute marchande, génétiquement produits, à un tel point qu'ils sont incapables de vivre en-dehors de leurs cages, le travailleur moderne ne sait même plus comment il est possible de vivre en-dehors de ce monde de plastique et de béton pré-fabriqués, ni comment développer son énergie à d'autres fins sans le fouet du chef. Où irait-il de toute façon, où peut-il s'échapper ? Existe-t-il des terres qui n'ont pas encore été revendiquées vers lesquelles il pourrait s'enfuir ? Et ne tenterait-il pas de détruire ces terres, aussi, en apportant les valeurs de la domination avec lesquelles il a été contaminé par ses patrons ? Au final, à moins d'être avisé par un rejet total du capitalisme industriel, son voyage ne serait rien d'autre qu'une autre marche dans cette marée de béton qui a envahi le monde.      

Pourtant, il y a encore des animaux sauvages qui arrivent à survivre dans des environnements détruits par des marées noires, au milieu des bouteilles en plastiques abandonnées et avec l'air pollué sans parler des autoroutes et autres tueurs. Etant donné que l'urbanisation et les banlieues avancent impitoyablement détruisant les ressources de leurs habitats naturels ils apprenent à vivre sur les déchets humains ou ils périssent. 

Ces animaux sauvages urbains occupent la même place dans la société que les sdf habitant les mêmes lieux pour lesquels on a refusé le strict minimum nécessaire à une vie normale quand bien même ils savent mieux se débrouiller que leurs congénères humains. Les animaux des banlieues (les rusés ratons laveurs, écureuils, (possums ?) lesquels survivent dans les recoins oubliés des terres conquises, vivant avec ce qu'il reste de naturel, sans oublier les excès supplémentaires écologiques de la bourgeoisie) peuvent être comparés aux squatters, aux fermiers écolos, aux punks lesquels forment une résistance underground. Les dernières races sauvages comme les dauphins, les caribous et les pingouins sont comparables aux derniers survivants des peuples indigènes du monde lesquels, s'ils n'ont par perdu leurs cultures sont placés dans des parcs naturels pour touristes. Pour eux tous, le futur est plutôt obscur parce que l'aile de fer de la standardisation s'étend sur le monde entier.      

Tout cela ne veut pas dire que nous avons dévié d'un quelconque plan mis en place pour nous par "Mère nature", ou que la mesure de notre joie ou de notre santé devrait être conforme à ce que nous considérons comme "naturel". Chaque fois que les êtres humains tentent de décrire ce qu'est la "nature", ils projettent invariablement dessus les lois de leur propre société qui doivent se plier ou s'adapter à tout ce qu'ils pensent être propre à leur civilisation ; de plus, la nature elle-même est quelque chose qui change constamment, l'habitat naturel du caniche c'est vraiment la laisse et la niche. 

Si nous avons détruit le monde naturel avec notre "civilisation", alors en dernière analyse cette destruction doit être aussi une partie "naturelle" de notre destinée (qu'est-ce qu'il y a ici qui ne provient de la nature ? Est-ce que l'humanité sérait bénie ou maudite investie de pouvoirs... surnaturels ?) La question n'est pas de savoir comment retourner vers une soumission au Naturel, mais plutôt comment nous réintégrer dans le monde environnant de telle sorte qu'il y ait équilibre. 

Pouvons-nous fabriquer un monde dans lequel humains et animaux peuvent vivre ensemble en harmonie, sans divisions entre les deux ni distinction entre ce qui est naturel et civilisé, entre ce qui est familié et étrangé ? Pouvons-nous nous échapper des ces forêts de métaux vers celles luxuriantes au vert persistant de nos fantasmes ataviques ?

famille

Auteur : Crimethinc
Traduction : NotreWebOuvrier
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