Luxe, calme et volupté : Le complot
Les leçons de Gunga et Gaol : Leçon
n°2, Une rupture
« On évite l'espace que pour tomber
dans la matière. L'obstacle n'est que la continuation de la
raison par d'autres moyens. »
Quand une chose apparaît...
Il faut revenir un instant vers cette idée, ce moment
où le son apparaît, où la vibration
crée une rupture. Bien qu'il soit difficile de dire ce qu'il y
avait auparavant et d'affirmer quelle en était la forme ; le
son, lorsqu'il surgit, produit un rupture à
l'intérieur d'une continuité, d'un tout continu et
semblable en tout point où la distinction n'existe pas.
Dès lors chaque chose présente se détache du
tout dont elle fait partie et prend une tout autre forme.
- Il est désormais possible de dire qu'il y a une
distinction : cette rupture en est la marque, la trace. S'il y a une
distinction, il y a probablement quelque chose qui la perçoit
maintenant et qui ne la distinguait pas auparavant même si
cette chose pouvait être déjà
présente.
- Il est désormais possible de dire qu'il y a une
distance : cette rupture en est la marque, la trace. S'il y a une
distance, il y a probablement quelque chose qui distingue chaque chose
et les met en place à l'intérieur d'un paysage qui
est en train de prendre forme.
- Il est désormais possible de dire qu'il y a un
temps : cette rupture en est la marque, la trace. S'il y a un temps, il
y a probablement un avant et un après.
- Il est possible de dire qu'il y a un ordre : cette rupture
en est la marque, la trace. S'il y a un ordre, il y a probablement une
chose qui s'est détachée d'un tout (distinction) puis
une autre, et encore une autre, etc. Toutes ces choses
détachées, distinguées prennent une forme
nouvelle : un ordre ou une organisation ordonnée.
- Il est possible de dire nommer : cette rupture en est la
marque, la trace. S'il y a nommer, il y a probablement une chose
valorisée (tirée, détachée de son
contexte) qui se distingue tellement bien qu'elle en
envahit la pensée de l'observateur parce qu'il ne
sait pas quoi faire de toutes ces choses apparues.
- Il est possible de dire plusieurs : cette rupture en est la
marque, la trace. S'il y a plusieurs observateurs capables de
distinguer, de nommer, et d'inventer des rapports, des relations entre
toutes ces choses vues alors chacun de ces observateurs crée
un modèle, un monde lequel se conserve dans la paume de chaque
civilisation.
- Il est possible de dire universel : cette rupture en est la
marque, la trace. S'il y a un universel alors il y a probablement une
origine commune, une source identique ou encore chaque chose extraite
exprime quelque chose de plus abstrait et parmi chaque chose extraite
devenue abstraite se distingue, à son tour, une nouvelle chose
qui apparaît comme une singularité dans ce tout. Elle
propose aussi un universel bien singulier mais la question qui se pose
est de savoir si la paume de chaque civilisation se résume par
l'unique ou le multiple : univers ou multivers ?
- Il est possible de dire que tout cela n'a pas de sens :
cette rupture en est la marque, la trace. S'il y a un sens alors il y a
probablement quelque chose qui unit tout cela (nul ne sait exactement
quoi mais cela est subodoré) maintenant, relis, les citations
du début. Créées par un programme (charabia,
générateur de textes aléatoires) qui met
bout à bout des bribes de phrases sans savoir ce qu'elles
expriment. A leur lecture elles prennent un sens alors que pour le
programme qui les a construites ces phrases n'ont aucun sens, elles ne
sont qu'une pure construction mathématique et
mécanique... Pourtant tu en as fait une lecture spirituelle.
- etc
... Une autre disparaît
Annexe : La rupture, un archétype fondamental de la
pensée ?
Pour Georges Spencer Brown la forme de la distinction est
inséparable de l'indication et il n'est pas possible
d'indiquer sans faire une distinction. Ainsi la forme de la distinction
est une formalité. Une distinction s'opère en faisant
apparaître une frontière laquelle fait surgir des
côtés opposés et chaque
côté ne peut être franchi sans que la
frontière ne soit traversée. Lorsque la distinction a
été dessinée ou repérée il
est désormais possible de voir l'espace, ce qui le contient,
ses différents états lesquels peuvent être
indiqués puisque distincts les uns des autres.
Une distinction ne peut être indiquée sans
intention et il ne peut y avoir distinction sans qu'il soit
donnée à ces distinctions (espace,
différents états, ce qui les contient, etc.) une
valeur qui les différencie. Si cette distinction dispose d'une
valeur alors un nom peut lui être attribué qui
indique cette valeur. Ainsi donner un nom peut être
identifié comme la valeur de la distinction. Par la suite, les
deux lois qui s'ensuivent la loi appelante (law of calling) et la loi traversante
(law of crossing)
sont tout à fait singulières.
La première indique que nommer deux fois une
distinction revient à re-nommer cette distinction. Ce qui
annule sa valeur : rappeler c'est appeler. La seconde indique que si
l'on traverse une frontière dans un sens puis qu'on la
retraverse dans l'autre sens alors la valeur disparaît. Ce qui
est logique puisque la frontière est la condition de la
distinction donc de l'indication. Autrement dit traverser une
frontière dans un sens puis dans l'autre revient à
faire disparaître la frontière et tout ce qui
s'ensuit.
La suite de l'ouvrage s'applique à définir
les principes de calcul, d'arithmétique, d'équation
à partir de ces principes opératoires fondamentaux.

Crédits
Photos originales : Isabel Saij (licence : art libre), Pdphotos
(licence : Creative Commons - public domain), bonsaikiptb (licence :
Creative Commons - by-nc-sa).
Citations : Étant Donnés par Marcel
Duchamp ; the primary arithmetic (number, order), The conception of
calculation, fourth canon : hypothesis of simplification par G. Spencer
Brown.
Modifications : NotreWebOuvrier