Intimités aux façades vides

Ajouté  à csm le 29/04/07

Une des conséquences majeures de la production à échelle industrielle du droit de proriété a été la modification des constructions qui se sont toutes tournées vers l'intérieur, l'intériorité. D'immenses blocs répétitifs (usines, hlm, maisons individuelles) ont, pour ainsi dire, refuser l'extrapolation et l'expression externes. Tout doit être déclaré en éléments internes.

Ces éléments internes sont coupés de toute idée de relation. Les relations ne sont accessibles que furtivement : un couloir, un escalier, une porte d'entrée ou d'un garage ou encore sont produites d'une manière technique : téléphone, télévision, ordinateur et Internet. La relation sans objet a été reléguée à la relation commerciale. Les routes sont devenues des voies de communication et les liaisons électroniques des autoroutes de l'information.

Les éléments décoratifs externes donc de construction doivent être strictement conventionnels et fonctionnels ; il est seulement accordé un espace de vie individuel suffisant à la charge de la personne qui pourra l'exprimer selon son désir en fonction des modèles destinées à la vente du concept d'intériorité.

Les rares habitats qui retrouvent une fonctionnalité externe et donc symboliques ont été quelques lieux publics que les architectes ont réussi à récupérer mais bien souvent ces constructions viennent casser l'aspect monolithique de la fonction et de la convention et sont, par conséquence, plus une réaction qu'un désir véritable de repenser la fonction interne et externe de l'habitat.

C'est la décoration intérieure qui ouvre le monde de l'intimité et termine celui de l'individualisme par droit de propriété. Curieuse représentation mais c'est elle qui a forgé notre monde industriel, qui a façonné notre mode de perception et l'a orienté vers l'intériorité.

L'urbanisation a perpétué cela en adaptant au mieux un possible paysage fait de blocs, de chemins et d'arbres strictement alignés. Les jardins, lieu de ressources, soit-disant, réitèrent la même fonctionnalité afin de mieux intégrer psychologiquement une idéologie identique.

Dès lors toute la psychologie de l'individu a été re-dirigée vers l'aspect intérieur. Tout ce qui est hors est potentiellement dangereux. Dans la rue, il y a une loi différente de celle de l'habitat qui est le cocon protecteur ou espace de vie, interdiction d'y pénétrer sans un accord préalable (perpétuation suggestive de la notion de sécurité qui est devenue un marché véritable avec le temps ainsi qu'une affaire publique avec un ensemble de lois étatiques.).

L'espace de vie intérieur a plusieurs présentoirs (lexique marchand) : le local habitable, la voiture, le lieu de travail, l'objet de consommation et la sexualité de consommation comme ultimes royaumes de l'intimité vue à travers les yeux modernes d'Internet... La représentation de l'ensemble est le symbole de l'accomplissement de la vie. Celui, celle qui est à la rue doit vivre une vie sans intériorité donc sans capacité de représentation même s'il ou elle en possède une qui ne correspond pas à celle pour laquelle chacun se représente une personne qui vit dehors.

Le plus curieux : cette intériorité est factice ; dépendante de relations informant sur la nature d'un objet quelconque n'ayant jamais la même forme, elle doit être décryptée en continuité : du simple bruit extérieur à la dernière affaire qui défraie la chronique télévisuelle. Cette information doit devenir une connaissance !

Ce qui a largement contribué à la divulgation de nombreuses théories paranoïaques lesquelles se focalisent sur des délires d'interprétation comme s'il y avait un message crypté à décrypter et que ne comprendrait que celui, celle à qui ce message est destiné (voir l'excellent journal vertige dans un numéro complet consacré à la parano générale).

La société de la relation intérieure à forger la concept d'information parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement que de créer un système d'échange technique capable de transcender les formes intérieures cloisonnées non plus extériorisées. Cette société possède deux grands axes techniques : l'information et sa description car toutes deux doivent nous renseigner sur la nature du monde réel.

NotreWebOuvrier